Nombreux sont les entrepreneurs français tentés par l'aventure chinoise, et parmi eux, ceux exerçant l'activité du commerce électronique figurent en bonne place. En effet, l'internet n'est-il pas le moyen idéal de pénétrer un marché sans effort, permettant d'effacer d'un click les frontières, ignorant les distances et le décalage horaire?
Cependant, avant de se lancer à la conquête du marché chinois et son milliard et demi de clients potentiels, les entreprises doivent être conscientes des obstacles à la fois juridiques et pratiques qu'ils pourraient rencontrer.
Si l'entreprise vend des produits ou services en ligne via un site administré hors de Chine, avec un nom de domaine international (avec une extension telle que .com ou .fr), et que lesdits produits et services sont payables dans une devise étrangère, il ne sera pas soumis au droit chinois, et notamment à la législation sur les télécommunications ; par conséquent, l'exploitant du site marchand n'aura pas besoin d'établir une entité en Chine.
Cependant, ce schéma comporte deux inconvénients principaux. Tout d'abord,les autorités chinoises n'hésitent pas à bloquer l'accès au site si elles jugent qu'il a un contenu répréhensible, et l'expérience a prouvé que les critères retenus pour prendre une telle mesure sont plus que flous, voire parfois fantaisistes. D'autre part, le paiement en ligne dans une monnaie autre que le Renminbi par carte bancaire n'est pas encore à la portée du consommateur chinois moyen : en effet, peu de chinois disposent d'une carte bancaire leur permettant de faire des paiements en devises ; cette faculté est réservée à une catégorie réduite de personnes possédant un compte bancaire en devises. Ainsi, vendre en Chine sur internet peut se révéler peu rentable.
Pour éviter ces inconvénients, le marchand en ligne a la possibilité de s'établir en Chine. La vente en ligne est assimilée en droit chinois à l'activité de distribution : le distributeur étranger doit établir une entité spécifique, appelée société de commerce à investissement étranger, dont la création est soumise à autorisation des administrations placées sous l'autorité du Ministère du commerce.
Selon la réglementation chinoise relative aux télécommunications, la vente par internet tombe dans la catégorie des "services de télécommunications à valeur ajoutée" ; à ce titre, non seulement l'investisseur étranger ne peut détenir plus de 50% du capital de la société, mais celle-ci doit obtenir une licence accordée par le Ministère de l'industrie et de la technologie de l'information. Il est cependant à noter que la licence n'est pas exigée lorsque le site n'est pas à proprement parler un site marchand et se contente de fournir des informations sur des produits. En s'établissant en Chine, le site est autorisé à adopter un nom de domaine comportant une extension en .cn.
La question de l'e-commerce illustre avec éclat la leçon que de nombreux entrepreneurs français ont retirée de leur expérience avec la Chine : si l'on veut profiter du marché chinois, il faut y être présent; le virtuel ne suffit pas!